HONY - HISTOIRES DE RÉFUGIÉS

HONY - Humans of New York- nous livre depuis quelques mois des histoires de réfugiés. J'ai souhaité traduire ces rencontres en Français pour que l'on puisse mieux comprendre leur voyage, et qui ils sont réellement. 

Il me semble que la bêtise vient de la peur primaire de l'inconnu. En comprenant mieux, on devient moins bête, et plus humain. 

Au moment où ces étrangers ne sont plus des inconnus mais des êtres humains dont on comprend l'histoire, au moment où l'on comprend ce par quoi ceux-ci sont passés pour en arriver jusqu'ici, alors ceux-ci ne sont non plus des étrangers ; ils deviennent nos semblables. 

Humans Of New York est le blog / livre créé en 2010 par Brandon, un américain. Son premier souhait était de raconter les histoires des passant de NY pour les rassembler dans un grand catalogue. Au fur et à mesure, Brandon a rajouté des bribes d'histoires ou des citations racontées par les passant. Aujourd'hui, sa page Facebook compte plus de 16 millions d'abonnés.

HISTOIRE de réfugiés #1 - Muhammad

Photos et recueil d'histoires par Brandon Stanton, traduites par Tiff in Lyon

1/6 Humans of New York histoires de réfugiés

1/6 Humans of New York histoires de réfugiés

"Les combats sont devenus terribles. Quand j'ai quitté la Syrie pour venir ici (Erbil, Iraq), je n'avais que 50$ sur moi. Je n'avais presque plus rien en arrivant ici. J'ai rencontré un homme dans la rue qui m'a ramené chez lui, m'a donné de la nourriture et un toit. Mais j'avais tellement honte d'être chez lui que je cherchais du travail 11 heures par jour, et ne rentrais que pour dormir. J'ai fini par trouver un travail dans un hôtel. J'y travaillais 12h/ jour, 7j/7. J'étais payé 400$ par mois. Depuis j'ai trouvé un nouvel hôtel qui est bien mieux. Je travaille 12h / jour pour 600$ et j'ai un jour de repos. Pendant mes heures libres, je suis professeur d'anglais dans une école. Je travaille 18h par jour, tous les jours. Et je n'ai rien dépensé de mon salaire. Pas même acheté un T-shirt. J'ai mis 13 000 euros de côté, ce dont j'ai besoin pour me faire de faux papiers. Je connais un homme qui peut me faire passer en Europe pour 13 000$. Je pars la semaine prochaine. Avant de partir je vais retourner en Syrie dire au revoir à ma famille, puis je laisserai tout ça derrière moi. Je vais essayer de tout essayer. Et je vais finir mes études."
(Août 2014 : Erbil, Iraq)

2/6 Humans of New York histoires de réfugiés

2/6 Humans of New York histoires de réfugiés

“Avant de partir en Europe, je suis retourné voir ma famille un dernière fois en Syrie. J'ai dormi dans la grange de mon oncle tout le temps de mon séjour parce que tous les jours la police frappait à la porte de la maison de mon père. Au bout d'un moment mon père m'a dit: 'Si tu restes plus longtemps, ils vont te trouver et te tuer'. Alors j'ai contacté un passeur pour venir jusqu'à Istanbul. J'allais partir pour l'Europe quand j'ai reçu un coup de fil de ma soeur. Elle m'a dit que m'on père avait été gravement battu par la police, et à moins que j'envoie 5000 euros pour l'opérer, il en mourrait. C'était l'argent dont j'avais besoin pour partir en Europe. Mais qu'est ce que je pouvais faire? Je n'avais pas le choix. Et puis deux semaines plus tard elle m'a donné des nouvelles pires encore. Mon frère avait été tué par DAECH alors qu'il travaillait dans un gisement de pétrole. Ils ont trouvé notre adresse sur sa carte d'identité et ils y ont envoyé sa tête, accompagnée d'un message 'Les Kurdes ne sont pas des musulmans'. C'est ma plus jeune soeur qui a trouvé la tête de mon frère. C'était il y a un an. Elle n'a pas prononcé un mot depuis.” (Kos, Grèce)

3/6 Humans of New York histoires de réfugiés

3/6 Humans of New York histoires de réfugiés

“Pendant deux semaines je n'ai pas pu m'arrêter de pleurer. Rien n'avait de sens. Pourquoi de telles horreurs frappaient ma famille ? On avait tout fait comme il faut. Tout. On était honnêtes avec tout le monde. On traitait bien nos voisins. On ne faisait pas de grosses erreurs. Je subissais une telle pression à l'époque. Mon père était en soins intensifs et tous les jours ma soeur m'appelait pour me dire que DAECH se rapprochait de notre village. Ca m'a rendu complètement fou. Je me suis évanoui dans la rue un jour et je me suis réveillé à l'hôpital. J'ai donné le reste de mes sous à un passeur pour qu'il aide mes soeurs à s'échapper jusqu'en Iraq. Il ne me restait plus que 1000 euros et j'étais coincé en Turquie. A ce moment là, mon père se remettait tout juste de son opération. Il m'a appelé pour me demander comment j'avais réussi à payer son opération. Je lui ai dit qu'un ami m'avait prêté des sous. Il m'a demandé si j'avais réussi à aller en Europe. Pour la première fois de ma vie, j'ai menti à mon père. Je ne voulais pas qu'il se sente coupable à cause de son opération. Je lui ai dit que j'étais en Europe, que j'étais sain et sauf, et qu'il ne fallait pas qu'il s'inquiète pour moi.” (Kos, Grèce)

4/6 Humans of New York histoires de réfugiés

4/6 Humans of New York histoires de réfugiés

“Après avoir menti à mon père en disant que j'étais en Europe, je ne voulais qu'une chose ; c'était de transformer ce mensonge en vérité.  J'ai trouvé un passeur et je lui ai raconté mon histoire. Il agissait comme s'il avait beaucoup de compassion pour moi et qu'il voulais vraiment m'aider. Il m'a dit que pour 1000 euros il pourrait m'emmener sur une île en Grèce. Il m'a dit : 'je ne suis pas comme les autres passeurs. Je crains Dieu. J'ai des enfants. Il ne t'arrivera rien de mal.' J'avais confiance en cet homme. Une nuit il m'a appelé pour me donner rdv dans un garage. Il m'a fait rentrer à l'arrière d'un van avec 20 autres personnes. Il y avait des bidons d'essence là dedans et on ne pouvait pas respirer.  Les gens ont commencé à crier et vomir. Le passeur a sorti un pistolet, l'a pointé sur nous et nous a dit 'si vous ne la fermez pas je vais vous tuer'. Il nous a conduit à une plage, et pendant qu'il préparait le bateau, son associé pointait le pistolet vers nous. Le bateau était en plastique et ne faisait que 3 mètres de long. En montant dessus, tout le monde a paniqué et le bateau a commencé à couler. Treize personnes avaient trop peur de monter. Mais le passeur a dit qu'il garderait l'argent même si on changeait d'avis. Alors 7 d'entre nous ont décidé d'y aller quand même. Le passeur nous avait promis de nous guider jusqu'à l'île mais après plusieurs centaines de mètres il a sauté du bateau et est rentré à la nage. Les vagues sont devenues de plus en plus grandes et l'eau commençait à rentrer dans la coque. Il faisait noir complet. On ne voyait ni la terre, ni les lumières, seulement la mer. Et puis après 30 minutes le moteur s'est arrêté. Je savais qu'on allait tous mourir. J'avais tellement peur que mes pensées se sont complètement figées. Les femmes ont commencé à pleurer parce qu'aucune d'entre elles ne savait nager. J'ai menti en disant que je pouvais nager avec 3 personnes sur mon dos. Il s'est mit à pleuvoir. Le bateau a commencé à tourner en rond. Tout le monde était tellement apeuré que personne ne pouvait parler. Mais un homme essayait s'en cesse de faire marcher le moteur et au bout de quelques minutes il s'est remis à tourner. Je ne me souviens plus de comment on a atteint la côte. Mais je me souviens que j'ai embrassé toute la terre que j'avais sous mes pieds. Je déteste la mer maintenant. Je la déteste tellement. Je n'aime pas y nager. Je n'aime pas la regarder. Je déteste tout d'elle.” (Kos, Grèce)

5/6 Humans of New York histoires de réfugiés

5/6 Humans of New York histoires de réfugiés

“L'île que l'on avait atteinte s'appellait Samothrace. On était tellement reconnaissants d'y être. On pensait avoir atteint une terre d'accueil. On s'est mis en marche vers le poste de Police pour s'annoncer en tant que réfugiés. On a même demandé à un homme au bord de la route d'appeler la police pour nous. J'ai dit aux autres réfugiés de me laisser être leur porte-parole, vu que je parlais anglais. Soudain, deux Jeep de police sont venus vers nous à toute vitesse en freinant d'un coup à grand bruits de pneus. Ils agissait comme si l'on était des assassins et qu'ils nous recherchaient. Ils ont pointé leurs armes vers nous en criant 'les mains en l'air !' Je leur ai dit: 'S'il vous plaît, nous venons d'échapper à la guerre, nous ne sommes pas des criminels !'. Ils répondaient 'La ferme, Malaka !'Je n'oublierai jamais ce mot : ‘Malaka, Malaka, Malaka.’ ils ne nous appelaient que comme ça. Ils nous ont jeté en prison. Nos habits étaient mouillés et l'on n'arrêtait pas de trembler. On ne pouvait pas dormir. Je ressens encore ce froid dans mes os. Pendant trois jours ils ne nous donnèrent ni nourriture ni eau. J'ai dit à la police : 'Nous n'avons pas besoin de nourriture mais s'il vous plaît donnez-nous de l'eau ! Je suppliais le responsable de nous laisser boire. Il répondait encore 'Vos gueules, Malaka !' Il avait un espace entre ses dents de devant alors il nous crachait dessus en parlant. Il avait décidé de regarder sept personnes souffrir de la soif pendant trois jours alors qu'elles lui demandaient de l'eau. On a été sauvés quand ils nous ont finalement mis dans un autre bateau en direction du continent. On y est resté douze jours avant de commencer à marcher vers le Nord. On a marché pendant trois semaines. Je n'ai rien mangé d'autre que des feuilles. Comme un animal. On buvait dans les sources sales. Mes jambes ont tellement enflé que j'ai dû enlever mes chaussures. Quand on a finalement atteint la frontière, un policier Albanais nous a vu et nous a demandé si l'on était des réfugiés. Quand on lui a répondu oui, il nous a dit qu'il nous aiderait. Il nous a dit de nous cacher dans la forêt jusqu'à la tombée de la nuit. Je n'avais pas confiance en cet homme mais j'étais trop fatigué pour m'enfuir. Quand la nuit arriva, il nous a tous fait monter dans sa voiture. Puis il a roulé jusqu'à sa maison, où l'on est restés une semaine. Il nous a acheté de nouveaux vêtements. Il nous donnait à manger tous les soirs. Il m'a dit : 'Ne soyez pas honteux. J'ai aussi survécu à une guerre. Vous faites désormais partie de ma famille et cette maison est aussi la votre.” (Kos, Grèce)

(6/6) Humans of New York histoires de réfugiés

(6/6) Humans of New York histoires de réfugiés

“Au bout d'un mois, je suis arrivé en Autriche. Le premier jour, je suis entré dans une boulangerie et j'ai rencontré un homme qui s'appelle Fritz Hummel.  Il m'a dit qu'il était allé en Syrie il y a quarante ans et qu'il y avait été bien reçu. Alors il m'a donné des nouveaux vêtements, de la nourriture, tout. Il est devenu comme un père pour moi. Il m'a emmené au Club Rotary et m'a présenté à tout le groupe. Il leur a raconté mon histoire et leur a demandé : "comment peut-on l'aider ?" J'ai trouvé une église, et ils m'ont donné un endroit pour dormir. Tout de suite, j'ai mis un poing d'honneur à apprendre la langue locale. J'ai appris l'allemand 17 h par jour. Je lisais des histoires pour les enfants toute la journée. Je regardais la TV. J'essayais de rencontrer le plus d'autrichiens posible. Au bout de 7 mois, j'ai rencontré un juge qui devait faire l'état des lieux sur mon statut. Je pouvais tellement bien parler à ce moment là que j'ai demandé au juge de faire la séance en Allemand. Il n'a pas pu en croire ses oreilles. Il était tellement impressionné que j'aie déjà appris l'Allemand qu'il m'a questionné pendant 10 minutes. Et puis il a montré ma carte d'identité Syrienne et il m'a dit : 'Muhammad, tu n'auras plus jamais besoin de ça, tu es désormais Autrichien !'” (Kos, Grèce)